Le jazz

Le jazz

Issu de la rencontre entre le gospel, le blues et le ragtime, le jazz naît aux États-Unis à la fin du 19e siècle. Il résulte directement des métissages qui s’opèrent entre tradition africaine noire et culture européenne blanche. Au fil du temps, le genre donne naissance à plusieurs rejetons, du swing, à l’électro-jazz, en passant par le jazz latin. Les musiciens d’exception qui ont choisi le jazz comme mode d’expression sont nombreux. Quelques noms parmi d’autres : Louis Armstrong, Billie Holiday, Dave Brubeck, Miles Davis, Keith Jarrett

Naissance du jazz

L’origine même du terme est nébuleuse. Jass ou jazz ? À l’origine, l’orthographe d’usage affiche le double s. Le mot apparaît dans le titre d’une chanson dès 1917 : Dixieland Jass Band One-Step est l’œuvre de l’Original Dixieland Jass Band, ensemble blanc originaire de La Nouvelle-Orléans. Une analyse sémantique du vocable jazz offre plusieurs pistes de réponse, mais aucune qui ne fasse l’unanimité. Dans son acception argotique, le mot a une connotation sexuelle. Certains le rapprochent du français « jaser ». D’autres l’associent à Jazbo Brown, artiste minstrel populaire à l’époque. Qui dit mieux ?

À défaut de s’entendre sur le sens propre au mot jazz, les experts sont généralement d’accord quant à sa genèse musicale. Le jazz, en tant que forme musicale reconnaissable, apparaît à la fin du 19e siècle. Il naît de la rencontre entre trois genres musicaux intimement liés à l’expérience des Noirs américains dont les ancêtres sont venus d’Afrique quelque 200 ans plus tôt : le gospel, le blues et le ragtime.

Dur labeur, musique sublime

Queen Esther Marrow et ses Harlem Gospel Singers

Les deux premiers sont indissociables de l’expérience des esclaves qui peinent dans les plantations et les chants de coton. Le gospel, ou negro spiritual, est une musique à caractère religieux qui s’est d’abord transmise oralement. Né en milieu rural, le blues influencera également le R&B et le rock. Populaire au tournant du 19e siècle, le ragtime est une forme musicale plus encadrée, associée à un milieu plus instruit, et incorporant des influences folk, latine et classique. Le Texan Scott Joplin en est le principal porte-étendard.

Le jazz naît ainsi de la rencontre entre tradition africaine, expérience américaine et héritage européen – les principaux instruments du jazz, notamment le piano et le saxophone, sont originaires du Vieux Continent.

Chaud devant

Métropole métissée du sud des États-Unis, La Nouvelle-Orléans est le terreau fertile où le jazz s’épanouit. Dans les cabarets, boîtes et bordels du quartier chaud de Storyville – et, bientôt, un peu partout dans la ville –, quantité de petits orchestres jouent cette musique nouvelle.

Se démarquant de la musique classique, le jazz a comme fonction première de faire danser. Il se distingue par son swing, cette pulsion rythmique qui appelle aux déhanchements du bassin. Au commencement, le genre mise sur un arsenal composé d’un piano, d’un banjo, d’une contrebasse, de cuivres. Brisant le diktat de la musique écrite, le jazz fait par ailleurs de l’improvisation une condition vitale.

Le big band en mène large

Dans les années 1920, le jazz connaît un bond évolutif majeur avec l’avènement du big band. C’est Fletcher Henderson, musicien, chef d'orchestre et arrangeur afro-américain, qui forme le premier grand orchestre en 1924. Suivront les Duke Ellington, Dizzy Gillespie et autres Glenn Miller.

Il faut que ça swingue

L’ère du swing s’étend de la fin des années 1920 au milieu des années 1940. Dans la foulée de la crise économique, l’Amérique craque pour cette frénésie musicale qui permet d’exulter et de mettre un baume sur ses angoisses quotidiennes. Le swing devient l’apanage des grands orchestres de l’époque, ses plus célèbres têtes d’affiche ont pour nom Duke Ellington et Count Basie.

Le jazz se chante

Ella Fitzgerald

Le jazz vocal s’épanouit au cours des années 1930 au sein des grands orchestres de swing. Hormis Bing Crosby et Frank Sinatra et Tony Bennett, les plus grandes voix associées au genre sont féminines et débutent au sein d’un big band. Malgré le machisme ambiant et la difficulté pour une femme – noire de surcroît – d’affirmer sa place, trois d’entre elles marqueront à jamais l’histoire : Billie Holiday, Ella Fitzgerald et, un peu plus tard, Sarah Vaughan.
 

Pendant ce temps, en France

Le jazz manouche voit le jour à Paris dans les années 1930. Le père fondateur du genre a pour nom Django Reinhardt. Le guitariste s’initie au jazz américain avec les Louis Armstrong, Duke Ellington ou Eddie Lang et préside au rendez-vous entre le jazz et la culture tzigane. Avec le violoniste Stéphane Grappelli, il brille au sein du Hot Club de France.

Le jazz se latinise

Dans les années 1930, on assiste à la formation des premiers orchestres de musique latine, à New York, ainsi qu’à la rencontre du jazz avec les rythmes afro-cubains. Débarque alors le trompettiste cubain Mario Bauza, un des pères du jazz latin. Au sein des orchestres de Chick Webb, Don Redman et Cab Calloway, Bauza explore la fusion du jazz américain et des rythmes cubains. Dans la foulée, le percussionniste Machito est le premier à marier harmonies de jazz et section complète de percussion afro-cubaine.

Ça fait be-bop

En réaction au swing, qui commence à s’essouffler, une jeune génération de musiciens allumés jette les bases d’un « nouveau jazz » au début des années 1940. Le bop, ou be-bop, émerge à Harlem lors de jam sessions auxquelles participent le saxophoniste Charlie Parker, le trompettiste Dizzy Gillespie, le pianiste Thelonious Monk et bien d’autres encore, dont un tout jeune Miles Davis. Ceux-ci préfèrent les petites formations aux grands orchestres et inventent un langage musical inédit, plus complexe et exigeant que celui du swing, qui se butera à l’époque à plusieurs critiques, mais dont l’influence sera marquante.

C’est cool

Dave Brubeck

À la fin des années 1940, on assiste à un nouveau basculement stylistique. L’ère post-bop s’ouvre avec les sessions d’enregistrement qui donneront corps au disque Birth of the Cool, conçu par le trompettiste Miles Davis avec l’aide de l’arrangeur Gil Evans et de nombreux musiciens, dont les saxophonistes Lee Konitz et Gerry Mulligan, et le batteur Max Roach. Le cool jazz, moins agressif que le bop, est caractérisé par des sonorités feutrées, mélancoliques, et l’importance accordé à l’arrangement. À la même époque s’expriment d’autres innovateurs, sur la côte Ouest américaine ou à New York, qui seront associés à l’école du cool – à tort ou à raison. Ainsi en est-il de Lenny Tristano, Chet Baker, Dave Brubeck, Stan Getz et Jimmy Giuffre, qui dominent la décennie.

Radicalisation

En 1953-1954, les Jazz Messengers d’Art Blakey et le quintette de Max Roach créent le hard bop. Réponse au cool ou extension du bop ? Les experts divergent d’opinion sur le sujet. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle incarnation du jazz est l’affaire de musiciens noirs. Ceux-ci préconisent un durcissement de la facture sonore du cool et un retour aux sources du bop – blues, gospel, R&B. C’est à cette époque que se distinguent le contrebassiste Charles Mingus et les saxophonistes Sonny Rollins et John Coltrane.

En toute liberté

En pratiquant une synthèse originale entre bop et blues, Coltrane déborde les cadres établis et revendique une liberté qui devient mot d’ordre au début des années 1960. Le free jazz est d’abord l’affaire du saxophoniste Ornette Coleman, du pianiste Cecil Taylor, du multi-instrumentiste Eric Dolphy et du trompettiste Donald Cherry. Radical, ce courant prônant l’improvisation totale rompt avec tous les paramètres en vigueur. L’avènement du free jazz annonce plus qu’un changement de style, il marque un changement de paradigme.

Opération fusion

Connu à l’origine sous le vocable jazz-rock, le jazz fusion apparaît vers la fin des années 1960. Le terme traduit un style musical hétérogène qui marie notamment les éléments traditionnels du jazz et les sonorités plus électriques du rock, voire du funk. Parmi ses plus célèbres artisans, on compte Miles Davis, Herbie Hancock, Chick Corea avec Return to Forever, John McLaughlin avec le Mahavishnu Orchestra, et, un peu plus tard, Pat Metheny. Plus près de chez nous, le groupe UZEB se frottera au genre avec succès dans les années 1980.

Opération fusion – deuxième partie

Erik Truffaz

Découlant des expériences pratiquées par les fusionnistes durant les années 1970, l’électro-jazz voit ses pratiquants recourir à des instruments et des sonorités électroniques. Depuis la fin des années 1990, le genre se prête à des échanges entre le jazzman qui se passionne pour les notes électroniques et le DJ qui découvre la liberté infinie du jazz. Le trompettiste français Erik Truffaz est l’un des plus illustres représentants de la scène électro-jazz internationale. Son style fusionne le son aérien et feutré de la trompette avec les beats urbains, techno, hip-hop et drum’n’bass.

Parle, parle, jazz, jazz…

Et qu’en est-il du jazz aujourd’hui ? On observe la coexistence pacifique de la majorité des courants susmentionnés. Les rivalités d’hier ont fait place à un certain consensus. Même le free jazz, si contesté en son temps, a vu ses artisans reconnus, et le caractère rebelle qui caractérisait cette musique à ses débuts a depuis longtemps été dompté. Preuve de son « institutionnalisation », le jazz est désormais enseigné dans les écoles et joué dans les grandes salles de concert un peu partout à travers le monde.

La grande quête d’innovation qui sert de moteur au jazz se calme au début des années 1980, alors que la nouvelle génération mise sur un retour aux « classiques ». C’est le cas des frères Marsalis, menés par le trompettiste Wynton, qui remettent au goût du jour les styles de jazz des années 1950 et 1960. Depuis, le jazz évolue dans le respect des traditions. Ce qui n’exclut pas, chez plusieurs, la soif d’explorer et de laisser leur marque.

Prise dans son acception la plus inclusive, l’étiquette jazz permet aujourd’hui de réunir sous le même paravent des vétérans comme Charlie Haden, Oliver Jones et Vic Vogel ainsi que des jeunes pousses comme Esperanza Spalding, Christian Scott et Yaron Herman.

En phase avec son époque, le Festival International de Jazz de Montréal offre une vitrine à ces musiciens qui font le pont entre hier et aujourd’hui tout en annonçant des lendemains qui chantent. Certains, comme Astor Piazzolla, y ont effectué leurs premiers en Amérique. D’autres, comme Diana Krall, y ont trouvé un tremplin vers une grande carrière internationale. On y célèbre aussi bien les immortels, comme les regrettés pianistes Oscar Peterson et Ray Charles, que les jeunes artistes émergents, comme les chanteuses Melody Gardot et Nikki Yanofsky. Comme quoi la roue tourne et continuera de tourner…

Index d'artistes

Nom de l'artiste ou du groupe

Afficher les artistes de l'année :

Afficher les artistes du genre musical :


Afficher les artistes
dont l'instrument musical est :

Recherche d'artistes par pays ou province :